Zèbres et profils atypiques : Quatre principes pour bien vivre sa différence

Vos comportements, modes de pensée ou façons de faire sont décalés par rapport à la norme culturelle de l’organisation où vous travaillez? Voici 4 principes à garder en mémoire, pour bien vous intégrer et vous épanouir.

par
Jean-Marc Phelippeau
|
3
September
2019
Diversité cognitive

Vos comportements, modes de pensée ou façons de faire sont décalés par rapport à la norme culturelle de l’organisation où vous travaillez? Voici 4 principes à garder en mémoire, pour bien vous intégrer et vous épanouir.

1. Vous êtes différent, pas supérieur ni inférieur!

Bien vivre sa différence (cognitive ou culturelle) commence par la prendre pour ce qu’elle est : une différence. Pas une tare ni un trait de génie. Une différence qui, bien exploitée, pourra être une richesse pour l’équipe ou l’organisation à laquelle vous appartenez, une complémentarité source de créativité, de résilience et de performance.

La plupart d’entre nous avons cependant tendance, lorsque nous nous retrouvons immergés dans une équipe où nous sommes décalés, à développer l’un des deux syndromes suivants :

• Syndrome du vilain petit canard : « je ne suis pas comme il faut, et les autres sont géniaux »;

• Syndrome du Messie : « les autres n’ont rien compris, je suis et j’apporte la Vérité ».

Ces deux syndromes s’avèrent également aussi efficaces l’un que l’autre pour être rejetés par les autres! Le premier générera en vous culpabilité, honte et manque de confiance en vous-même, le second arrogance, mépris et non écoute des autres, ce qui ne vous aidera certainement pas non plus…

En analyse transactionnelle, la notion de positions de vie traduit le premier syndrome comme une position « – + » (je suis nul, les autres sont OK) et le deuxième comme une position « + – » (je suis OK, les autres sont nuls). Vous l’aurez compris, la position de vie saine face à la vie est la position « + + » (je suis OK, les autres sont OK).

2. Vous êtes différent, pas victime!

Je ne veux pas dire par là que vous n’avez pas été dans votre vie victime de circonstances défavorables ou de personnes mal intentionnées, mais simplement que se vivre au quotidien comme une victime ne mène qu‘à des sentiments de colère, de dépression et d’impuissance.

Nul ne peut être heureux en se considérant comme une perpétuelle victime des autres ou des circonstances. Avancer dans la vie implique de se vivre comme responsablede nos actes  et de ce qui nous arrive.

Par ailleurs, une victime est toujours à la recherche d’un bourreau ou d’un sauveur, et vous considérer comme une victime de votre hypersensibilité, de votre QI ou de votre pensée divergente ne vous amènera qu’à jouer à toutes sortes de jeux psychologiques toxiques (les jeux du triangle dramatique) dont vous sortirez laminé.

3. Vous êtes différent, pas incompétent ni mal intentionné… et les autres non plus!

Etre atypique sur le plan cognitif signifie juste être « câblé différemment » de la majorité locale, et il est important que vos collègues l’intègrent (et vous aussi)!

Combien de fois ai-je constaté que le premier bénéfice de faire découvrir à tous les membres d’une même équipe leur profil MBTI, DISC, Process Com, Prédom ou autre modèle de préférences comportementales est de permettre à chacun de réaliser que celui ou celle avec qui il a le plus de difficulté à travailler a juste un profil de préférences opposé au sien – qu’il est câblé différemment, pas nul ni méchant! Miracle, la tension entre eux baisse instantanément de plusieurs crans.

L’étape suivante consiste à révéler les complémentarités entre préférences opposées (créatif vs structuré, centré sur la relation vs centré sur la tâche, extraverti vs introverti…), ainsi que le rôle indispensable au sein de l’équipe de celui ou celle qui a un profil minoritaire, qui peut éviter aux autres d’avoir un angle mort fatal : le seul créatif dans une équipe orientée « process », par exemple.

Vous n’avez pas nécessairement besoin d’un questionnaire de préférences comportementales pour parvenir à cette prise de conscience, chez vous et chez les autres (même si ça aide!).

Peut-être en est-il finalement de la différence cognitive comme de toute innovation de rupture (Schopenhauer aurait même dit : de toute vérité), dont on dit qu’elle est perçue successivement comme ridicule, dangereux, puis évidente.

4. Vous êtes différent, chacun doit faire un effort, pour le bénéfice de tous.

Si votre profil est atypique par rapport à la culture de l’équipe ou de l’organisation où vous évoluez, chacun doit prendre sa part de responsabilité pour faciliter votre intégration, votre épanouissement, et la meilleure performance possible de cette organisation.

A commencer par vous-même!

L’idée est de trouver le juste point d’équilibre entre deux écueils :

• L’excès d’adaptation, en se conformant aux codes de l’entreprise jusqu’à s’oublier soi-même et se perdre (en se construisant un faux-self), au risque d’en souffrir profondément à long terme;

• Le défaut d’adaptation, en étant insuffisamment conscient des spécificités de son propre mode de fonctionnement et de son impact sur les autres, en ignorant les codes de l’entreprise et sa culture dominante, au risque de se faire marginaliser ou exclure.

En d’autres termes, l’objectif est de trouver le bon niveau d’alignement comportemental, en étant suffisamment confortable avec le fait d’être différent, et «suffisamment OK» à la perspective d’être parfois rejeté. Chacun doit accepter sa part d’inconfort.

Nommer les choses, y compris les évidences (« oui je suis créatif et peu structuré ») , donner des clés de votre propre mode d’emploi (« j’ai besoin d’être souvent seul pour donner le meilleur de moi-même »), donner des feedbacks positifs aux autres (« cela m’aide quand tu planifies dans le détail… »), exprimer des demandes claires et légitimes seront des moyens d’y parvenir.