Je me suis longtemps cru rationnel. Comme beaucoup de dirigeants. Comme beaucoup d’intellectuels.
Dès le premier chapitre de "Pourquoi les intellectuels se trompent" (à lire absolument!), Samuel Fitoussi nous force à un arrêt sur image.
Il y distingue deux rationalités :
👉 la rationalité épistémique : la recherche de la vérité, même quand elle dérange.
👉 la rationalité sociale, qui vise à préserver nos relations, notre appartenance et notre place dans un groupe.
Cette deuxième “rationalité” est fondamentalement… émotionnelle, irrationnelle (!) et souvent inconsciente.
Elle prend le plus souvent le pas sur la première :« Nous devons notre vision du monde non à notre intelligence, mais à nos fréquentations », écrit-il.
Beaucoup de nos “raisonnements” sont inconsciemment guidés non par la vérité mais par une question implicite : « Que puis-je faire, dire (et même penser!) pour obtenir de la reconnaissance de la part de mon groupe d’appartenance (entreprise, parti politique, famille, communauté…), ou au minimum pour ne pas me mettre en porte-à-faux avec lui? »
De la lâcheté? C’est profondément humain. Nous restons des mammifères, dotés d’instinct grégaire.
Olivier Babeau le dit aussi très bien dans É͟l͟o͟g͟e͟ ͟d͟e͟ ͟l͟’͟h͟y͟p͟o͟c͟r͟i͟s͟i͟e͟ : nous faisons sans cesse des compromis entre ce que nous pensons et ce que nous disons - non par vice, mais pour que le lien social tienne. Pour lui, l’hypocrisie est le socle de notre société.
Le problème commence quand on confond ce qui est 𝘀𝗼𝗰𝗶𝗮𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝗰𝗰𝗲𝗽𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲 avec ce qui est 𝘃𝗿𝗮𝗶. Ou plus exactement qu’on mélange les niveaux de vérité (vérité scientifique ou business, vérité sociale ou familiale).
Dans mon travail d’accompagnement de dirigeants — en particulier ceux qui reprennent l’entreprise familiale — je vois à quel point cette perte de lucidité est courante. Elle conduit à être guidé par la peur. Mes clients doivent prendre des décisions business rationnelles mais sont dans la confusion (souvent inconsciemment) du fait de loyautés, d’héritages ou d’équilibres relationnels invisibles. Je l’observe en particulier dans les phases de cession d’entreprise, ou de transmission intergénérationnelle.
Souvent, la bonne question à se poser n’est alors pas : « Suis-je rationnel ? » mais : « À 𝗾𝘂𝗶 𝗺𝗮 𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝗮𝗹𝗶𝘁é 𝗲𝘀𝘁-𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗹𝗼𝘆𝗮𝗹𝗲 ? »
Et vous :
👉 dans quel(s) cercle(s) vos idées se sont-elles formées ?
👉 et qu’est-ce que cela rend 𝗶𝗺𝗽𝗲𝗻𝘀𝗮𝗯𝗹𝗲 ?


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